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14 décembre 2010

Le voyageur solitaire

Ci-dessous se trouve mon plaidoyer du voyageur solitaire.

J'avais une chienne pas possible de partir. Même s'il m'attirait énormément, je savais très bien que j'allais mettre les pieds dans un coin du monde qui m'était complètement inconnu. Je ne connaissais rien à l'arabe, encore moins à l'hébreux et j'espérais très fort que la communication soit possible en anglais. Je partais toute seule pour la première fois et ça, ça me foutait particulièrement la trouille. Un énorme défit que je m'étais donné à relever.
Depuis que je suis tombée dans le voyage, j'ai toujours eu une admiration pour les voyageurs solitaires. Les jeunes femmes particulièrement. Hier encore, quand une sud coréenne en voyage autour du monde est débarquée dans mon appartement de Amman, je me suis dit: Wow! elle voyage en solo. Pour ne rendre compte deux secondes plus tard que je faisais exactement la même chose. Je n'ai peut-être pas tout à fait assimilé ma conditions de voyageuse solitaire vue de l'extérieur.
Sept semaines ont passées. Certainemet que j'ai eu quelques badlucks. Ça arrive à tout le monde. Mais je ne suis pas encore rentrée au pays et je sais pertinemment une chose: partir toute seule est probablement la meilleure décision que j'ai prise depuis longtemps. Contrairement à ce que Michel Onfray raconte dans sa Théorie du voyage, je crois sincèrement que le voyageur solitaire est celui qui profitera le plus de son périple.
Rares sont les moments où j'ai été seule. J'ai voyagé momentanément avec des gens, profitant mutuellement des envies et du savoir de l'autre. J'ai rencontré des gens de la place, j'ai mangé avec eux, ils m'ont apportés ici et là; j'en ai apris énormément sur la culture et les mœurs. J'ai observé et compris infiniment plus que dans les livres.
Est-ce que si j'avais été deux, ça aurait été aussi facile de créer les liens? Peut-être pas. Les contacts sont tellement plus simples lorsqu'on voyage seul. Les gens sont soucieux de la jeune femme, ils s'assurent qu'elle arrive a bon port, ils l'invitet boire le thé. C'est égocentrique peut être, mais je n'ai pas eu à dealer avec les choix et les envies d'un compagnon de voyage fixe. Il faut parfois me botter le derrière, mais il n'y a eu que mes décisions et mes feelings pour dicter mes destinations et mes moments à passer devant un verre à discuter de la vie.
Par contre, il y a une chose que j'ai apprise, un conseil et une erreur que je ne referai plus. Quand je repartirai quelque part, j'aurai immanquablement avec moi un portable et un numéro local. Dans toutes les situations un peu précaires, problématiques et les rencontres, c'est absolument nécessaire. Et ça peut tirer des situations inconfortables. Ce ne sont pas tout les chauffeurs de taxis jordaniens qui accepteront de me refiler leur cellulaire pour que je rejoigne mes hôtes au milieu de nul part.

Réflexions du temps sous la neige

Depuis les derniers jours, le Moyen Orient est passé en mode hivernal. J'avais cru avoir inutilement mis dans mon sac mes bottes et mes gants, mais je ne rend compte qu'il était très sage d'ajouter ces quelques pelures supplémentaires à mon bagage. Si j'étais restée pour l'hiver, j'aurais aussi acheté une veste avec le plus grand des plaisirs.

Dans l'action, mon sentiment est partagé face à ces derniers moments en terre orientale. Il fait froid, soleil, il pleut, soleil, il neige. Mon plus grand bonheur consiste à me faire des cafés près du feu avec les chouettes personne chez qui j'habite à Amman. Pourtant, je devrais partir à la découverte des environs. Madaba, Dana, le désert, la Mer Morte encore, l'est du pays où la Jordanie rencontre l'Irak et la Syrie. Tant d'endroits que mes yeux ne verront pas à cause du temps paralysant ou du manque de jours. Du grand manque de jour. Je ne comprendrai jamais les gens qui voguent d'un pays à un autre comme une course contre la montre. Je l'ai fait il y a quelques années, maintenant je sais et je ne referai plus cette erreur. Entre me taper 150km de bus et trois sites historiques ou boire un café tranquille en discutant religions avec un syrien, un palestinien et un mec des émirat arabes unis, est-ce que j'ai vraiment besoin d'affirmer l'option la plus enrichissante? Voilà pourquoi je ne me suis pas mise à courir à droite et à gauche malgré le temps oppressant. La Jordanie sera encore là dans quelques mois, quelques années. Les gens ne le seront peut-être pas.

Une chose est certaine, le Moyen Orient n'en a pas fini avec moi.

12 décembre 2010

Savon jordanien

Imaginez un mauvais soap américain ou un boolywood un peu crados. Ça se passe entre la voisine du dessus, une divorcée dans la trentaine désespérément en manque de sexe et le jeune homme du dessous, un joli guide touristique.
La femme tente depuis des semaines d'entrainer le jeune homme à son appartement pour on imagine quoi. Un jour, ils se croisent dans l'entrée. Discutent. Le jeune homme est accompagne d'une canadienne avec qui il partage sa chambre pour quelques jours. Ils se sont rencontrés sur un site internet appelé couchsurfing. La femme les invites à boire un verre dans son appartement et la canadienne accepte poliment. Elle n'a aucune idée que le jeune homme tente désespérément de fuir la vipère.
Une heure plus tard, le trio se retrouve dans l'appartement de la femme. Je vous met dans l'ambiance. Au sol, il y a une fausse peau de jagoir. Sur le mur, une mauvaise reproduction de nature morte. De la dentelle en plastique sur les divans. Sur la table, un petit pot de verre avec un napperon en papier et une variété inconnue de pinotes sucrées. L'ambiance sonore est Indescriptible, mais on reconnait les mêmes six notes rose pâles dans une boucle aliénante. La femme porte une sorte d'ensemble hybride entre le pyjamas et le suit de sport. Si c'était moi qu'on ressayait de séduire, je ne sais pas si j'éclaterais de rire ou si je me sauverais en courant. Possiblement toutes ces réponses. Le jeune homme, lui, glisse à l'oreille de la canadienne: quoi qu'il arrive, ne me laisse pas seul.
La discussion se passe en arabe sans sous-titres et avec un sourire hypocrite. C'est qui elle? Comment ça tu l'as rencontrée sur un site internet? Elle part quand? Tu aimes mieux les étrangères? Elle reste où? Est ce que vous couchez ensemble? J'ai un grand lit, tu n'aimerais pas mieux dormir chez moi? J'ai besoin d'un homme. Est-ce que tu me trouves attirante? Je me sens seule, je ne fait plus confiance à personne.
La canadienne voit bien l'absurdité malaisante de la situation, mais reste impuissante dans l'aide moral qu'elle tente d'apporter au jeune homme. On se rappel qu'il s'agit d'un soap en arabe. La conversation va ainsi jusqu'à ce que le jeune homme parte en s'inventant une excuse bidon. Dans la voiture, question de se sauver le plus loin possible au cas où la vipère referait surface, il traduit la discussion à la canadienne qui, elle, se mare incroyablement.

Note en bas de page. Il n'y a aucune une photo à l'appuie, mais ceci est l'aventure la plus absurde que je n'ai jamais vécue; jouer au chaperon dans un mauvais soap jordanien.

Le bord de la Mer Rouge

Je vais d'abord mettre quelque chose au clair. J'ai adoré Israel. Vraiment et absolument. Les gens que j'y ai rencontré, les paysages et la multitude de lieux saints ont contribués à cet amour. Je revendrai en Israel.

Vendredi matin, j'ai pris un taxi d'Eilat à la frontière jordanienne que j'ai traversée à pied avant de sauter dans un autre taxi jusqu'à Aqaba. J'ai attendue mon hôte sur la plage en buvant le thé entre les familles jordaniennes qui fumaient les nargilees en surveillant du coin de l'oeil leurs gamins dans la mer. J'ai apris à écrire quelques nombres en arabe avec un conducteur de bus qui ne parlait pas un mot d'anglais. Des femmes voilées de noir n'ont tendues leurs bambins pour que je les prennent en photo. J'ai déambulé dans le souk et je n'ai reçu que des sourire et des welcome, where are you from?




Le soir, arrêtée sur le bord de la mer, je voyais simultanément la Jordanie, Israel, l'Égypte et l'Arabie Saoudite avec des milliards étoiles au plafond. Autant de frontières qui border la Mer Rouge. Je me suis questionnée sur ce que je pouvais demander de mieux, j'ai trouvé quelques variantes, mais en gros, rien. Vraiment.
Samedi, j'ai eu droit à ma première tempête de sable dans le désert. J'ai visité l'une des sept merveilles du monde dans une tempête de grêle et fait du hiking dans les montagnes multicolores. J'ai parcouru trois kilomètre à dos de mule avec un Bedoin, j'ai pris le thé dans un ancien château fouetté par le vent hivernal et je me suis retrouvée seule dans un canyon à remercier la vie face à des montagnes rocheuses sculptées par les millénaires d'histoire nomade.

Ma check list des derniers jours en rafale,
Manger mon premier morceau de poulet en 6 ans: Check
Regarder des touristes russes hiker à Petra en talons hauts: Check
Me faire inviter à un BBQ dans une grotte par un Bedoin: Check
Prendre ma douche en discutant avec une cocrelle et Enrike Eglisias: Check
Me baigner dans la Mer Rouge sur une plage déserte à la frontière de l'Arabie Saoudite: Check


Il n'y a qu'une chose qui résume vraiment mon feeling face à ce nouveau pays où j'ai mis les pieds. La Jordanie est exactement ce que je venais chercher cet automne. Les gens, les maisons, le désert, la culture arabe. Merci. Je reviendrai. Insciallah.

Et à MH Boudreau, si tu lis ce post, merci de ne pas avoir trouvé de billet direct de Tel Aviv. J'ai passé à un cheveu de manquer la Jordanie.