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20 avril 2012

Lost in translation

D'un continent à l'autre, la route est parfois longue. Il y a l'océan à traverser, les détours de pays, les sigles de trois lettres. SVQ/CDG/YUL/YGR. L'attente et le jet lag, les nuits sans sommeil sur des bancs d'aéroports. Les levés trop tôt, les courses en taxi.

Ema et moi sommes parties de Cadiz en Espagne le 17 avril en avant midi. Un bus allait nous apporter à Séville, où nous allions passer la journée à parcourir les rues façon tortue, nos sacs sur le dos. De Séville, nous allions nous faire une petite nuit à l'aéroport pour prendre un avion tôt dans la matinée le 18. Ce genre de nuit, c'est bon pour le moral du voyageur. On voit tous ces gens qui passent, ceux qui, couché sur les bancs, tentent de fermer l'oeil en attendant une correspondance. Il y a aussi ceux qui distribuent des boîtes à lunch au petit petit matin et qui me font sentir le bonheur d'un sans abris couché sur le parquet à qui on remet un repas. 
Et puis le soir, Paris. Ville lumière vue d'une chambre d'hôtel - mon nouvel endroit préféré où dormir - et un avion sur Montréal en avant midi le 19.
J'ai donc volé jusqu'en Amérique, où l'attente, encore. Puis les îles, le Pays des Marins - le vrai. J'étais à la maison dans la nuit du 19, dans mon lit auquel je rêvais ardemment depuis février. 


Puis, ce qui est surprenant, c'est que malgré mes sept heures de sommeil en deux jours et les poches sous mes yeux, ce matin, j'étais devant la fenêtre de la cuisine avant les coups de 9 heures. La terre entière est belle, mais chez moi, au son de la mer et des goélands, c'est fou ce que c'est magnifique.

3 avril 2012

Les derniers miles. Un dernier post Lorientais.

Un après midi assise au bar de l'hôtel, ce sont les derniers miles que je regarde d'un oeil ensommeillé. Je vis une fin de chapitre. Je lis avec excitation pour enfin tourner la page blanche qui mène dans un autre univers. Un univers connexe, un nouveau chapitre. 
Mes sentiments se déchirent entre la hâte de partir, celle de voir un nouveau pays, l'Espagne, la joie de rentrer chez moi dans quelques semaines et, en même temps, l'appréhension de partir d'une terre de marins en laissant en plan des gens et un projet qui me tiennent à coeur. Le projet - j'ai de la chance -, je pourrai le rattraper dans quelques semaines. À Moncton, Acadie Town, j'irai passer les mois de soleil qui me séparent de ces 10 jours d'apogés en août prochain. 

Pays de Lorient, nous nous reverrons d'ici peu. Et cette prochaine fois, j'aurai dans ma valise mes belles bottes de cowboy et je viendrai célébrer l'Acadie comme nule part ailleurs.

Sur les docks

La nuit, rien ne sommeil sur les docks chez les marins d'en face.
Les poissons se glacent, lancés méthodiquement dans des bacs plastiques en attendant la criée du matin. Et nous, déambulant dans les allées frigorifiées du port de pêche pour admirer l'activité nocturne. Ci-suit l'aventure photographique d'une fin de soirée sur les docks. 

26 mars 2012

Le soleil et la bicyclette

Ce weekend, c'était l'été sur Lorient. Soleil éclatant, bonheur, plage et bicyclette. Petit coup de soleil en passant. Cafés en terrasse. Minie vestes et verres fumées.

25 mars 2012

À l'ébauche: de la France à l'Andalousie

Le temps court. Vraiment. Il ne reste que quelques jours chez les marins d'en face - 10 jours pour dire vrai - avant de repartir vers un nouveau coin du monde. 
J'étais réticente à l'idée de repartir sur la route. Contrainte par un billet de retour sur Montréal le 19 avril, j'avais l'impression d'être forcée à trouver une nouvelle destination. Contradiction oblige, j'avais seulement envie de rentrer de mon coté du monde. Et pourtant, je savais qu'il allait simplement falloir trouver le petit quelque chose qui titille. Ce qui m'a mené en Turquie, par exemple, c'était l'idée de Constantinople. Celle de Bethlehem en Israël. En Jordanie, c'était pour jouer à Indiana Jones à dos de mule dans les montagnes de Pétra.
En Europe, cette fois ci, l'Espagne. La première cloche à sonner d'envie dans ma tête était celle du détroit de Gibraltar. Et de là, une toute nouvelle perspective.
Entre deux contrats, il y aura donc un billet d'avion pour Valencia, un rêve d'Andalousie, celui de voir la côte africaine en face du détroit, peut-être l'idée d'un marché marocain et d'une promenade dans de nouvelles montagnes désertiques. Qui sait, le monde est là. Il n'y a qu'à le saisir.
En moins de 24 heures, je suis passée de la presque indifférence à la surexcitation du projet. Les billets d'avion sont achetés, le Lonely Planet devenu ma nouvelle lecture quotidienne; les copains sont prévenus de notre arrivée hâtive et nous célébrerons le weekend Pascal dans une magnifique petite famille catalane. Des projets, du bonheur et de l'excitation!
Le sud de l'Espagne, pourquoi pas.

18 mars 2012

Sous l'oeil de l'indien

Lendemain de Saint-Patrick chez les marins d'en face. 
C'était un plan de soirée un peu à l'arrache. Faute d'une combinaison gros vendredi-petite insomnie, je m'étais relevée aux alentours de 20h et mon ambition à sortir fêter le pays du trèfle frôlait le point de congélation. Petit coup de pied au derrière et grosse bouffe indienne (aller chercher l'esprit de la Saint-Patrick dans un bol de dal piquant).
Je cavalais maintenant à travers la ville sur mon vélo magique et j'étais revigorée pour la veillée. 
Il était donc ainsi. Une fête chez des copains, quelques verres au pub irlandais du coin, la foule, saoule à 2h du mat et nous, de retour chez les potes. Un nouveau sofa récupéré sur le coin d'une rue, la marche chancelante des chapeaux verts, en route vers la fin de la nuit. Quelques coups, encore, de la musique pour que les jeunes gens se déhanchent devant un indien à l'oeil acéré.
Puis, le silence, la guitare grattée tranquillement au rythme où s'éveillent les oiseaux. 

Cette année, la Saint-Patrick aura pris fin au petit matin. À vélo sur le viaduc, une guitare dans le dos et guidée par le chant des oiseaux sur la voie ferrée. Et j'ai roulé jusqu'à mon oreiller qui m'attendait avec impatience.

16 mars 2012

Parce qu'il fait beau.

Depuis quelques semaines, le beau temps est de retour chez les marins d'en face. Les doublures sont tombées, le chauffage est de retour à off, même que parfois, le soleil se met de la partie et fait tomber de la joie sur le centre ville. La vie reprend tranquillement son mode estival et vraiment, ça fait du bien au moral.
Je sais, depuis le périple à Paris, la fille du marin est en mode peu productif côté écriture. Les blogs sont rares, honte à moi. C'est peut-être parce que les escapades se font moins nombreuses, parce qu'on passe un peu plus de temps à flâner en ville, qu'on profite des copains, qu'on voit le départ se précipiter vers nous et qu'on travaille fort pour découvrir ces petits endroits où nous n'avons pas encore mis les pieds Ema et moi.
Et en même temps, des projets, des projets. Le retour est bientôt, mais le périple chez les marins d'en face, lui, n'est pas encore terminé. Une histoire à suivre qui sera conté une autre fois.



7 mars 2012

Matin de pluie

4 mars 2012. Le matin sous la pluie.
Ce n'est pas une chronique, mais une impression, une note à un carnet. 

Penser la Bretagne, c'est aussi penser à la pluie. Une association systématique qui me rapporte toujours en 2005, alors que je découvrais les vieux pays pour la première fois. C'était l'automne. Il avait plut encore et encore. Et somme toute, ça a été un voyage magnifique.
Depuis cette époque où je voyageais en train aux quatre coins de l'Europe, j'ai toujours eu un petit faible pour les matins de pluie, lorsque le vent se tait et que l'eau tombe sans s'arrêter. Le matin, parce que l'odeur de la pluie se mêle parfaitement avec celle de la cafetière italienne. Ça sent bon. C'est doux. Ça donne envie de s'emmitoufler dans une couverture et de rester là un moment avant que la journée ne commencer vraiment. 

Ce n'est pas de chance, parce que ma cafetière fétiche est restée à la maison, de l'autre coté de l'océan, mais j'ai de grandes fenêtre pour admirer la pluie tomber.
J'ai ouvert la porte. Je me suis assise dans l'ouverture, et j'y ai pris mon café.

4 mars 2012

Le Paris des artistes

J'ai beaucoup bouquiné ces dernières semaines. Sans porter trop d'attention à mes choix littéraires, parfois, un titre coup de coeur au bord d'une rangée, je suis systématiquement tombée dans des univers parisiens. La Ville Lumière est dans l'air, il faut croire.

Depuis février, je n'ai pas seulement visité la capitale, je me suis surtout perdue dans un Paris littéraire. Parfois, les bouquins ont la chance d'être si forts, qu'ils permettent de vivre deux expériences simultanées d'un même endroit. Il y a la ville, la vrai, la capitale, avec son boucan et ses lèvres pincées peintes en rouge haute-couture. Puis, il y a Paris, Ville Lumière dans son éclat mythique.
À travers les histoires des autres, je me suis fait le Paris des années 20, 60, le Paris des écrivains, du Moulin Rouge: le Paris mythique. Paris, lorsque Paris était encore le centre de l'univers, le repère des artistes et de l'avant garde. J'ai visité le Paris auquel on rêve, celui que l'on cherche en marchant des heures sans trop réaliser l'absurdité de chercher une ville à l'âme passé. 
Moi aussi, je l'aime, ce Paris où l'on se réfugie dans les cafés pour y boire des coups en attendant que la pluie ne cesse de tomber. Le Paris sous les lampadaires, au bord de la Seine et dans l'univers des années passées. Surtout, j'aime le Paris qui m'est conté par la plume d'Anaïs Nin, de Kerouak, des Fitzgeralds; récit à la machine d'une jeunesse perdue. 
Et bien sûr, ce Paris auquel je pense, il n'existe plus. A-t-il seulement déjà existé, si ce n'est à travers la nostalgie que fait vivre le récit des artistes?
Désillusionnée? Peut-être. 

28 février 2012

Quand prendre un seul café ne suffit pas

Parfois, il vaut mieux ne pas prévoir à l'avance. La spontanéité laisse place aux aventures farfelues, aux coups de têtes. Par exemple, s'enfuir de Lorient, partir sur Paris pour un weekend éclair.

De prime abord, je dois avouer que la Ville Lumière ne s'impose pas en chef de file des endroits que je préfère. Pas du tout. À moi seule, je n'aurais pas oser prendre l'initiative de l'escapade parisienne. J'ai même eu une petite journée de "Paris, je t'emmerde" après que la réceptionniste de l'auberge ait été incapable de me servir en français, que les rues et les passants en ait eu terminé de m’étourdir à l'extrême. 
J'ai pris un café (sans goût) et une bière (flatte). Bon.
J'ai donc pris une bonne nuit de sommeil.

Et puis, au matin, je me suis mis à apprécier la ville. J'ai découvert Montmartre, ses escaliers sans fins, ses friperies, ses multiples cafés. Je me suis retrouvée en plein cœur d'un quartier arabe durant le marché du samedi matin. J'ai découvert des petits pubs plus que sympathiques. J'ai bouquiné, mangé un falafel chez un libanais et un hôte sympathique nous à recueilli chez lui au beau milieu du quartier chinois.
Paris a bien des défauts. Mais Paris a aussi plusieurs côté que j'admire, à commencer par son multiculturalisme omniprésent pour peu qu'on délaisse les quartiers chics et branchés. Les cafés, partout et tout le temps. Les petites vestes, les bottes, les chapeaux (surtout les chapeaux), les manteaux en fourrures fièrement portés. À Paris, les gens sont beaux. Vraiment, les gens donnent envie de revenir s'installer en terrasse pour les regarder défiler dans les rues. 
Et puis il y a la culture, mais là, ce sera pour la prochaine escapade. 

27 février 2012

Au bord du canal Saint-Martin

Samedi matin, 8h30
Je prenais un café sur la terrasse de l'auberge, les pieds sur le bord du canal Saint-Martin. Dans la rue, quelques hommes en kippas traversaient le pont d'un pas pressé. Ils devaient être en route pour la synagogue du coin. Autour de moi, les gens discutaient sur Skype dans un anglais international. Des voyageurs venus passer quelques jours dans la Ville Lumière.
Samedi matin, après une nuit en dortoir étonnamment reposante, j'ai eu droit à un petit moment en solitaire. Paisible, enfin, dans un Paris qui grouille d'une activité étourdissante. Sentiment lié aux kippas, au café, à Zelda Fitzgerald dont je découvrais la folie, à la tranquillité aussi, sûrement; j'avais l'impression d'être en voyage. J'étais bien.

21 février 2012

Le cocon poussiéreux

Chez les marins d'en face le weekend dernier, Ema et moi avons pris une petite heure entre deux étagères. Assises en tailleur sur le tapis poussiéreux, les yeux vers le ciel, vers ces rangées sans fin de bouquins qui courent jusqu'au plafond. Les marchés aux livres n'abondent peut-être pas, mais ceux que l'on trouve s'avèrent être de magnifiques petites trouvailles.
J'ai toujours eu un faible pour les bouquineries. Pour l'odeur du vieux papier, pour celle de la nouvelle édition aussi parfois. Pour l'encre qui s'efface et pour les couvertures aux coins fripés. Je me sens bien dans ces petits cocons où les ouvrages s'entassent et où je peux lire jusqu'à l'étourdissement. Et puis, de ce côté ci de l'océan, les livres se laissent adopter pour quelques pièces. Par défaut, ils s'empilent donc sur les étagères et prennent une place de plus en plus importante dans mes valises.
Prendre un hiver chez les marins d'en face, c'est aussi en profiter pour attraper toute une collection d'ouvrages, des classiques et des romans contemporains qui je l'espère, trouverons une petite place dans un contaner en transit vers l'Acadie dans quelques mois.

18 février 2012

Road Trip Breton. Tome 3

Puis, au matin, repus d'une nuit froide en auberge et encore un peu épuisés des derniers jours, nous avons ouvert les volets pour être témoins des premiers rayons de soleil sur la ville. La gelée avait recouvert le pare-brise de la voiture. 
Devant la cathédrale de Saint-Michel-en-Grève, la marée avait laissé une couche de glaçons difformes sur le sable. 


17 février 2012

Road Trip Breton. Tome 2

La journée de samedi tirait à sa fin. L'air, lui, devenait de plus en plus froid dans les derniers rayons du soleil. Nous avons roulé presque sans escale jusqu'à Tregastel dans l'espoir d'attraper l'astre plonger dans la mer de Bretagne. Perdre l'étoile entre deux roches de granite rose. 

16 février 2012

Road Trip Breton. Tome 1

L'Amérique est une terre parsemée de routes où les espaces sont gigantesques, un endroit de rêve pour le voyage. Après une courte carrière de mini-matelot (une autre histoire pour un autre jour), à deux ans, j'étais jetée dans le bain d'une Westfalia 88 flambant neuve. Pendant une décennie, mes vacances en famille se sont passées sur la route. L'envie de parcourir quelques centaines de kilomètres est presque innée. J'ai envie d'en conclure que chez moi, c'est un défaut de fabrication. 

Chez les marins d'en face, signer une voiture de location et rouler 500 kilomètres en 24 heures est un peu une folie. Vaut mieux louer pour deux jours, et ainsi, absorber les frais de kilométrages supplémentaires de façon indirecte. À 40 centimes du kilomètre, il vaut mieux ne pas s'aventurer trop loin. Mais petit pays exige, la carte est grande et les distances sont courtes. 

Le weekend dernier, mon pote KKE-Flex (amitié tout droit sortie d'un voyage en Grèce en 2008) était de passage chez les marins d'en face. Un bon temps pour nous entasser dans une sardine et parcourir 500 kilomètres en direction du nord de la Bretagne. Nous voulions voir la mer, rouler à travers la Côte de Granite Rose. C'était une façon détournée de prendre un weekend pour se sentir en vacance. Voir un nouveau coin de pays qui n'est finalement pas si éloigné, mais difficilement accessible en transport en commun.



Après avoir tourné jusqu'à l'étourdissement dans certains des ronds-points bretons, nous avons fait l'achat d'une précieuse carte-routière. Encore, je décrète qu'au delà les cossins électroniques sensés nous indiquer où l'on va, la bonne vieille carte papier, avec ses routes panoramiques et ses petits villages à découvrir est le meilleur ami du copilote. 
Notre premier arrêt officiel sur la côte s'est fait à Saint-Quay-Portieux. Un havre entre deux falaises où reposent les voiliers en attendant la marée.


13 février 2012

L'auberge qui sent l'auberge

Oui, il y a une odeur caractéristique aux auberges de jeunesse. Un genre d'effluve du passage qui se mélange aux produits nettoyants, aux matelas un peu crados et au béton des murs. Ce n'est pas mauvais comme odeur. Ce n'est pas transcendant non plus. Elle est juste là. Une signature qui vient avec l'enseigne HI affichée au-dessus de la porte d'entrée.
Samedi 11 février, j'ai passé la nuit dans une auberge de jeunesse. Si j'ai dormi mon lot de nuitées dans ce genre d'endroits depuis le commencement de ma carrière de voyageuse, c'est pourtant un sport que je pratique très peu par les temps qui courent. À savoir que le divan un peu dur de l'habitant me fait les yeux doux de façon récurrente, bien plus que les dortoirs mal chauffés.
En escapade de dernière minute dans la Ville Fleuri de la Bretagne, j'ai retrouvé samedi un endroit que j'avais visité en 2005 lors de mon voyage dans Les Vieux Pays. Même porche d'entrée perdu dans une ruelle, même propriétaire à la jasette facile, même odeur dans les halles de l'auberge. Brin de nostalgie directement relié à mes perceptions nasales. Voir la vie qui passe et son bagage de souvenirs restés imprégnés dans une simple senteur d'auberge.

5 février 2012

D'où tu viens, où tu es. Partie 2

Pour faire suite à D'où tu viens, où tu es. Partie 1, je terminais sur l'idée de déstabiliser le quotidien.  Sortir de chez soi pour apprendre à vivre ailleurs. C'est une belle image en théorie, mais il reste que la vie chez les marins d'en face s'oriente dans un métro-boulot-dodo assez marqué.
Adopter une nouvelle ville, c'est y prendre de nouvelles habitudes. Faire sonner le réveil-matin aux mêmes heures. Prendre un même chemin pour le boulot, traverser à la même intersection. Faire son marcher au même endroit. Croiser tous les matins, sauf le vendredi, la même petite dame sur le pont qui traverse la voie ferrée. Remarquer qu'elle a changé de manteau la semaine dernière. Ça doit être à cause de la vague de froid. 
S'installer dans un nouveau milieu, ce n'est pas seulement se faire un chez soi entre quatre murs de béton. C'est aussi assimiler l'environnement qui nous entoure. En faire un chez soi à grandeur urbaine. 


4 février 2012

D'où tu viens, où tu es. Partie 1

À l'époque, comme toute bonne cégépienne qui se respecte, j'étais une citoyenne du monde. Le genre hippy avec les foulards, sac à dos flambant neuf, prête à découvrir la terre entière. C'était l'époque des grandes illusions. Le moment pour apprendre à définir mes propres frontières en même temps qu'éclatent celles de l'univers. Belles années que celles où tu crois que tu peux tout changer. 
Dans les faits, je n'ai jamais habité ailleurs que mon coin de pays. J'ai regardé les autres partir s'établir à Paris, à Bruxelles, à Rehovot. Moi, je suis partie pour Montréal, ville du rock. J'ai étudié, j'ai grandi.
Jamais je n'ai regretté d'avoir passé mes années d'études au Québec. Pas une fois je me suis dit que j'aurais dû faire un choix différent, que j'aurais mieux fait de prendre un visa d'études et d’aller boire mon café dans un amphithéâtre étranger. Lorsque j'ai voulu aller explorer la France, l'Italie, la Grèce; je me suis pris un billet d'avion et une EuroPass. J'ai voulu voir le désert; j'ai foncé vers les pays du sable. J'ai voulu vivre à la Kerouak; je suis partie en bagnole vers San Francisco. Simple. Mais jamais je ne me suis installée ailleurs pour y payer un loyer.
Durant 26 années, j'ai habité le Pays des marins, dont 5 ans en Ville du Rock et 3 semaines en Terre Sainte. Puis, depuis un mois, j'apprends à découvrir une nouvelle ville. Comprendre tranquillement ses horaires, adopter ses lieux d'errances, là où on sert les meilleures viennoiseries et où le café sent bon. C'est pourtant une époque où je devrais me poser progressivement. Plutôt, je navigue constamment entre les nouveaux projets, les voyages, tout pour ne pas céder aux habitudes sclérosées. Cet hiver, j'habite là où les panneaux s'écrivent dans des consonnes dissonantes.

C'est vrai, la France, ce n'est pas si différent comme endroit. Il y a de petits clash culturels, il y en a toujours, mais au quotidien, la vie est simple. Pour célébrer la fin du premier mois de loyer payé en euros, j'ai eu envie de joindre quelques images de notre nouvel appartement. Un petit-petit T2 sympathique et situé à vingt minutes de marche du boulot. Accessoirement, je sais aussi que quelqu'un sera ravi de voir que sa fille ne vit pas dans un trou à rats depuis les dernières semaines. 


Billet à suivre, partie 2. 

31 janvier 2012

Kerouak, mon amour

La vie le savait bien. Un jour, au bon moment, on allait se rencontrer.
Avant de me faire tes pages à pleine gorgée, il fallait que je parte sur la route. Vers l'Ouest. Que je fume des clopes au volant, ébloui par le soleil qui embrase l'horizon. Que je roule à 80 miles à l'heure en regardant percer les étoiles dans l'immensité du Nevada. Que je dorme dans la bagnole sur le bord de la route, perdu quelque part au milieu du désert. Toi et moi, Jack, entre la route qui ne finit jamais, les nuits sans sommeil et les machines à écrire, ça aurait été l'amour fou. 

Je connaissais l'univers beatnik, mais je ne m'étais jamais fait l'ouvrage mythique dans son ensemble. À San Francisco cet automne, j'en profitais pour m'attraper un truc simple, une version en langue originale censurée de On the Road éditée chez Pinguin. Plus tard, la tête remplie d'images, de soleils couchants et de cartes routières, je me suis plongée dans les premiers chapitres. C'est au pays des marins d'en face, cette semaine, que j'ai terminé ma lecture. 
S'il est possible de rouler à travers l'Amérique sans s'arrêter, les pages, elles, doivent avoir une fin. Moi, je veux courir chez un libraire renouveler mon bonheur dans une version longue et non censurée. J'ai envie de lire et de rouler encore et encore sur les chemins qui ne finissent jamais. Découvrir le périple de Cassady et de Kerouak dans sa version originale, crue, magnifique et débridée à la fois. J'ai envie de rouler sur la prose de Kerouak comme lui a roulé sur les routes tortueuses de l'Amérique des années 40. 
"We drove on. Across the immense plain of night lay the first Texas town, Dalhart, which I'd crossed in 1947. It lay glimmering on the dark floor of the earth, fifty miles away. The land by moonlight was all mesquite and waste. On the horizon was the moon. She flattened, she grew huge and rusty, she mellow and rolled, till the morning star contended and dews began to blow in our window - ans still we rolled. After Dalhart - empty crackerbox town - we bowled for Amarillo, and reached it in the morning among windy panhandle grasses that only a few years ago waved around a collection of buffalo tent. "
[...] 
"So in America when the sun goes down and I sit on the old broken-down river pier watching the long, long skies over New Jersey and sense all that raw land that rolls in one unbelievable huge bulge over the West Coast, and all that road going, all the people dreaming in the immensity of it, and in Iowa I know by now the children must be crying in the land where they let the children cry, and tonight the stars'll be out, and don't you know that Good is Pooh Bear? the evening star must be drooping and shedding her sparkler dims on the prairie, which is just before the coming of complete night that blesses the earth, darken all rivers, cup the peaks and folds the final shore in, and nobody, nobody knows what's going to happen to anybody beside the forlorn rags of growing old. "
- On the Road, 1957

30 janvier 2012

À défaut d'argentique

Il y a des jours où, lorsque je me promène en bord de mer, je regrette systématiquement de ne pas avoir pris dans mes bagages un vieil argentique. Un dinosaure, un boîtier en métal qui me donnerait en noir et blanc et avec les défauts et le grain de la pellicule, des images un peu comme celles-ci. 
Le chenal, entre le port de pêche de Lorient et Port-louis. Directement chez les marins d'en face.