28 février 2012

Quand prendre un seul café ne suffit pas

Parfois, il vaut mieux ne pas prévoir à l'avance. La spontanéité laisse place aux aventures farfelues, aux coups de têtes. Par exemple, s'enfuir de Lorient, partir sur Paris pour un weekend éclair.

De prime abord, je dois avouer que la Ville Lumière ne s'impose pas en chef de file des endroits que je préfère. Pas du tout. À moi seule, je n'aurais pas oser prendre l'initiative de l'escapade parisienne. J'ai même eu une petite journée de "Paris, je t'emmerde" après que la réceptionniste de l'auberge ait été incapable de me servir en français, que les rues et les passants en ait eu terminé de m’étourdir à l'extrême. 
J'ai pris un café (sans goût) et une bière (flatte). Bon.
J'ai donc pris une bonne nuit de sommeil.

Et puis, au matin, je me suis mis à apprécier la ville. J'ai découvert Montmartre, ses escaliers sans fins, ses friperies, ses multiples cafés. Je me suis retrouvée en plein cœur d'un quartier arabe durant le marché du samedi matin. J'ai découvert des petits pubs plus que sympathiques. J'ai bouquiné, mangé un falafel chez un libanais et un hôte sympathique nous à recueilli chez lui au beau milieu du quartier chinois.
Paris a bien des défauts. Mais Paris a aussi plusieurs côté que j'admire, à commencer par son multiculturalisme omniprésent pour peu qu'on délaisse les quartiers chics et branchés. Les cafés, partout et tout le temps. Les petites vestes, les bottes, les chapeaux (surtout les chapeaux), les manteaux en fourrures fièrement portés. À Paris, les gens sont beaux. Vraiment, les gens donnent envie de revenir s'installer en terrasse pour les regarder défiler dans les rues. 
Et puis il y a la culture, mais là, ce sera pour la prochaine escapade. 

27 février 2012

Au bord du canal Saint-Martin

Samedi matin, 8h30
Je prenais un café sur la terrasse de l'auberge, les pieds sur le bord du canal Saint-Martin. Dans la rue, quelques hommes en kippas traversaient le pont d'un pas pressé. Ils devaient être en route pour la synagogue du coin. Autour de moi, les gens discutaient sur Skype dans un anglais international. Des voyageurs venus passer quelques jours dans la Ville Lumière.
Samedi matin, après une nuit en dortoir étonnamment reposante, j'ai eu droit à un petit moment en solitaire. Paisible, enfin, dans un Paris qui grouille d'une activité étourdissante. Sentiment lié aux kippas, au café, à Zelda Fitzgerald dont je découvrais la folie, à la tranquillité aussi, sûrement; j'avais l'impression d'être en voyage. J'étais bien.

21 février 2012

Le cocon poussiéreux

Chez les marins d'en face le weekend dernier, Ema et moi avons pris une petite heure entre deux étagères. Assises en tailleur sur le tapis poussiéreux, les yeux vers le ciel, vers ces rangées sans fin de bouquins qui courent jusqu'au plafond. Les marchés aux livres n'abondent peut-être pas, mais ceux que l'on trouve s'avèrent être de magnifiques petites trouvailles.
J'ai toujours eu un faible pour les bouquineries. Pour l'odeur du vieux papier, pour celle de la nouvelle édition aussi parfois. Pour l'encre qui s'efface et pour les couvertures aux coins fripés. Je me sens bien dans ces petits cocons où les ouvrages s'entassent et où je peux lire jusqu'à l'étourdissement. Et puis, de ce côté ci de l'océan, les livres se laissent adopter pour quelques pièces. Par défaut, ils s'empilent donc sur les étagères et prennent une place de plus en plus importante dans mes valises.
Prendre un hiver chez les marins d'en face, c'est aussi en profiter pour attraper toute une collection d'ouvrages, des classiques et des romans contemporains qui je l'espère, trouverons une petite place dans un contaner en transit vers l'Acadie dans quelques mois.

18 février 2012

Road Trip Breton. Tome 3

Puis, au matin, repus d'une nuit froide en auberge et encore un peu épuisés des derniers jours, nous avons ouvert les volets pour être témoins des premiers rayons de soleil sur la ville. La gelée avait recouvert le pare-brise de la voiture. 
Devant la cathédrale de Saint-Michel-en-Grève, la marée avait laissé une couche de glaçons difformes sur le sable. 


17 février 2012

Road Trip Breton. Tome 2

La journée de samedi tirait à sa fin. L'air, lui, devenait de plus en plus froid dans les derniers rayons du soleil. Nous avons roulé presque sans escale jusqu'à Tregastel dans l'espoir d'attraper l'astre plonger dans la mer de Bretagne. Perdre l'étoile entre deux roches de granite rose. 

16 février 2012

Road Trip Breton. Tome 1

L'Amérique est une terre parsemée de routes où les espaces sont gigantesques, un endroit de rêve pour le voyage. Après une courte carrière de mini-matelot (une autre histoire pour un autre jour), à deux ans, j'étais jetée dans le bain d'une Westfalia 88 flambant neuve. Pendant une décennie, mes vacances en famille se sont passées sur la route. L'envie de parcourir quelques centaines de kilomètres est presque innée. J'ai envie d'en conclure que chez moi, c'est un défaut de fabrication. 

Chez les marins d'en face, signer une voiture de location et rouler 500 kilomètres en 24 heures est un peu une folie. Vaut mieux louer pour deux jours, et ainsi, absorber les frais de kilométrages supplémentaires de façon indirecte. À 40 centimes du kilomètre, il vaut mieux ne pas s'aventurer trop loin. Mais petit pays exige, la carte est grande et les distances sont courtes. 

Le weekend dernier, mon pote KKE-Flex (amitié tout droit sortie d'un voyage en Grèce en 2008) était de passage chez les marins d'en face. Un bon temps pour nous entasser dans une sardine et parcourir 500 kilomètres en direction du nord de la Bretagne. Nous voulions voir la mer, rouler à travers la Côte de Granite Rose. C'était une façon détournée de prendre un weekend pour se sentir en vacance. Voir un nouveau coin de pays qui n'est finalement pas si éloigné, mais difficilement accessible en transport en commun.



Après avoir tourné jusqu'à l'étourdissement dans certains des ronds-points bretons, nous avons fait l'achat d'une précieuse carte-routière. Encore, je décrète qu'au delà les cossins électroniques sensés nous indiquer où l'on va, la bonne vieille carte papier, avec ses routes panoramiques et ses petits villages à découvrir est le meilleur ami du copilote. 
Notre premier arrêt officiel sur la côte s'est fait à Saint-Quay-Portieux. Un havre entre deux falaises où reposent les voiliers en attendant la marée.


15 février 2012

Quand tu tires sur mes bateaux

Réouverture du débat sur l'avortement, sur le mariage gay, sur la peine de mort, la torture, le suicide des détenus. Accords politiques avec la Chine, pluie de portraits royaux, budget sur la santé, retrait de Kyoto, projet de loi sur la surveillance des individus par internet. L'alouette prend ses jambes à son cou et pense à demander l'asile sur bâbord.

Je suis peut-être dans un autre pays, mais le flux de l'actualité de chez nous reste omniprésent dans mes lectures quotidiennes. Depuis la rentrée parlementaire, j'ai l'impression que le gouvernement du Canada se fait une partie de Battle Ship avec l'identité québécoise, voire même avec "les belles valeurs du Grand Canada". Qu'il lance des tirs à l'aveuglette. Qu'il cherche les cibles sensibles pour mieux les détruire ensuite. 
Quand il aura touché-coulé tout nos bateaux, à nous, à moi, qu'est-ce qu'il va rester de notre identité et de nos valeurs?
La fille du marin se demande franchement où s'en va son pays. 

13 février 2012

L'auberge qui sent l'auberge

Oui, il y a une odeur caractéristique aux auberges de jeunesse. Un genre d'effluve du passage qui se mélange aux produits nettoyants, aux matelas un peu crados et au béton des murs. Ce n'est pas mauvais comme odeur. Ce n'est pas transcendant non plus. Elle est juste là. Une signature qui vient avec l'enseigne HI affichée au-dessus de la porte d'entrée.
Samedi 11 février, j'ai passé la nuit dans une auberge de jeunesse. Si j'ai dormi mon lot de nuitées dans ce genre d'endroits depuis le commencement de ma carrière de voyageuse, c'est pourtant un sport que je pratique très peu par les temps qui courent. À savoir que le divan un peu dur de l'habitant me fait les yeux doux de façon récurrente, bien plus que les dortoirs mal chauffés.
En escapade de dernière minute dans la Ville Fleuri de la Bretagne, j'ai retrouvé samedi un endroit que j'avais visité en 2005 lors de mon voyage dans Les Vieux Pays. Même porche d'entrée perdu dans une ruelle, même propriétaire à la jasette facile, même odeur dans les halles de l'auberge. Brin de nostalgie directement relié à mes perceptions nasales. Voir la vie qui passe et son bagage de souvenirs restés imprégnés dans une simple senteur d'auberge.

5 février 2012

D'où tu viens, où tu es. Partie 2

Pour faire suite à D'où tu viens, où tu es. Partie 1, je terminais sur l'idée de déstabiliser le quotidien.  Sortir de chez soi pour apprendre à vivre ailleurs. C'est une belle image en théorie, mais il reste que la vie chez les marins d'en face s'oriente dans un métro-boulot-dodo assez marqué.
Adopter une nouvelle ville, c'est y prendre de nouvelles habitudes. Faire sonner le réveil-matin aux mêmes heures. Prendre un même chemin pour le boulot, traverser à la même intersection. Faire son marcher au même endroit. Croiser tous les matins, sauf le vendredi, la même petite dame sur le pont qui traverse la voie ferrée. Remarquer qu'elle a changé de manteau la semaine dernière. Ça doit être à cause de la vague de froid. 
S'installer dans un nouveau milieu, ce n'est pas seulement se faire un chez soi entre quatre murs de béton. C'est aussi assimiler l'environnement qui nous entoure. En faire un chez soi à grandeur urbaine. 


4 février 2012

D'où tu viens, où tu es. Partie 1

À l'époque, comme toute bonne cégépienne qui se respecte, j'étais une citoyenne du monde. Le genre hippy avec les foulards, sac à dos flambant neuf, prête à découvrir la terre entière. C'était l'époque des grandes illusions. Le moment pour apprendre à définir mes propres frontières en même temps qu'éclatent celles de l'univers. Belles années que celles où tu crois que tu peux tout changer. 
Dans les faits, je n'ai jamais habité ailleurs que mon coin de pays. J'ai regardé les autres partir s'établir à Paris, à Bruxelles, à Rehovot. Moi, je suis partie pour Montréal, ville du rock. J'ai étudié, j'ai grandi.
Jamais je n'ai regretté d'avoir passé mes années d'études au Québec. Pas une fois je me suis dit que j'aurais dû faire un choix différent, que j'aurais mieux fait de prendre un visa d'études et d’aller boire mon café dans un amphithéâtre étranger. Lorsque j'ai voulu aller explorer la France, l'Italie, la Grèce; je me suis pris un billet d'avion et une EuroPass. J'ai voulu voir le désert; j'ai foncé vers les pays du sable. J'ai voulu vivre à la Kerouak; je suis partie en bagnole vers San Francisco. Simple. Mais jamais je ne me suis installée ailleurs pour y payer un loyer.
Durant 26 années, j'ai habité le Pays des marins, dont 5 ans en Ville du Rock et 3 semaines en Terre Sainte. Puis, depuis un mois, j'apprends à découvrir une nouvelle ville. Comprendre tranquillement ses horaires, adopter ses lieux d'errances, là où on sert les meilleures viennoiseries et où le café sent bon. C'est pourtant une époque où je devrais me poser progressivement. Plutôt, je navigue constamment entre les nouveaux projets, les voyages, tout pour ne pas céder aux habitudes sclérosées. Cet hiver, j'habite là où les panneaux s'écrivent dans des consonnes dissonantes.

C'est vrai, la France, ce n'est pas si différent comme endroit. Il y a de petits clash culturels, il y en a toujours, mais au quotidien, la vie est simple. Pour célébrer la fin du premier mois de loyer payé en euros, j'ai eu envie de joindre quelques images de notre nouvel appartement. Un petit-petit T2 sympathique et situé à vingt minutes de marche du boulot. Accessoirement, je sais aussi que quelqu'un sera ravi de voir que sa fille ne vit pas dans un trou à rats depuis les dernières semaines. 


Billet à suivre, partie 2.