31 janvier 2012

Kerouak, mon amour

La vie le savait bien. Un jour, au bon moment, on allait se rencontrer.
Avant de me faire tes pages à pleine gorgée, il fallait que je parte sur la route. Vers l'Ouest. Que je fume des clopes au volant, ébloui par le soleil qui embrase l'horizon. Que je roule à 80 miles à l'heure en regardant percer les étoiles dans l'immensité du Nevada. Que je dorme dans la bagnole sur le bord de la route, perdu quelque part au milieu du désert. Toi et moi, Jack, entre la route qui ne finit jamais, les nuits sans sommeil et les machines à écrire, ça aurait été l'amour fou. 

Je connaissais l'univers beatnik, mais je ne m'étais jamais fait l'ouvrage mythique dans son ensemble. À San Francisco cet automne, j'en profitais pour m'attraper un truc simple, une version en langue originale censurée de On the Road éditée chez Pinguin. Plus tard, la tête remplie d'images, de soleils couchants et de cartes routières, je me suis plongée dans les premiers chapitres. C'est au pays des marins d'en face, cette semaine, que j'ai terminé ma lecture. 
S'il est possible de rouler à travers l'Amérique sans s'arrêter, les pages, elles, doivent avoir une fin. Moi, je veux courir chez un libraire renouveler mon bonheur dans une version longue et non censurée. J'ai envie de lire et de rouler encore et encore sur les chemins qui ne finissent jamais. Découvrir le périple de Cassady et de Kerouak dans sa version originale, crue, magnifique et débridée à la fois. J'ai envie de rouler sur la prose de Kerouak comme lui a roulé sur les routes tortueuses de l'Amérique des années 40. 
"We drove on. Across the immense plain of night lay the first Texas town, Dalhart, which I'd crossed in 1947. It lay glimmering on the dark floor of the earth, fifty miles away. The land by moonlight was all mesquite and waste. On the horizon was the moon. She flattened, she grew huge and rusty, she mellow and rolled, till the morning star contended and dews began to blow in our window - ans still we rolled. After Dalhart - empty crackerbox town - we bowled for Amarillo, and reached it in the morning among windy panhandle grasses that only a few years ago waved around a collection of buffalo tent. "
[...] 
"So in America when the sun goes down and I sit on the old broken-down river pier watching the long, long skies over New Jersey and sense all that raw land that rolls in one unbelievable huge bulge over the West Coast, and all that road going, all the people dreaming in the immensity of it, and in Iowa I know by now the children must be crying in the land where they let the children cry, and tonight the stars'll be out, and don't you know that Good is Pooh Bear? the evening star must be drooping and shedding her sparkler dims on the prairie, which is just before the coming of complete night that blesses the earth, darken all rivers, cup the peaks and folds the final shore in, and nobody, nobody knows what's going to happen to anybody beside the forlorn rags of growing old. "
- On the Road, 1957

30 janvier 2012

À défaut d'argentique

Il y a des jours où, lorsque je me promène en bord de mer, je regrette systématiquement de ne pas avoir pris dans mes bagages un vieil argentique. Un dinosaure, un boîtier en métal qui me donnerait en noir et blanc et avec les défauts et le grain de la pellicule, des images un peu comme celles-ci. 
Le chenal, entre le port de pêche de Lorient et Port-louis. Directement chez les marins d'en face. 

29 janvier 2012

Démangeaison et bateau-bus

Établie depuis presque un mois chez les marins d'en face, je regarde mon sac du coin de l'oeil. Il est plié, sagement rangé sur la dernière tablette de l'étagère du salon. Mon sac, il me démange. Il fallait prévoir que ce moment allait venir. Un mois, c'est immensément court et bien long à la fois. Il en reste deux. En avril, je partirai explorer un petit coin du monde. Lequel, c’est à voir. Quelques jours de liberté, encore et enfin. Salle drogue du voyageur qui ne démord pas. En attendant, je me concentre sur le pays des marins d'en face. Et peut-être une petite escapade ici ou là si l'horaire le permet. 
En volant au-dessus de l'océan, je m'étais juré de profiter de cette opportunité outre-mer pour explorer des contrées où je n'étais pas allée lors de mon dernier passage dans les vieux pays. À mon premier jour en sol français, le prix du billet de train jusqu'à la côte de Bretagne a bien réussi à me décourager de changer de pays tous les weekends. Mon Europass et ma 12-25, si précieuses il y a 7 ans, sont maintenant bien loin. On ne peut pas voyager comme si on avait 19 ans toute sa vie. Reste que malgré son inertie, ce mode de vie boulot-dodo à la Française me plaît également. Chaque chose en son temps.

Et puis, tant qu'à être dans le coin, il faut découvrir les environs. Accroître mes connaissances de la Bretagne, voir du pays, de la mer. Ne pas penser qu'au boulot. Voir que Lorient a le plus gros avantage d'être directement sur la côte et que pour 1 €,  le bateau-bus nous entraîne à la découverte de la presqu'île d'en face. Samedi encore, le soleil et la mer ont frappé les rochers du littoral, nous laissant ébahit devant la beauté de Port-Louis. 

26 janvier 2012

Liste d'événements consécutifs

J'avais une paire de Ray Ban; elles se sont casées. Je me suis acheté une nouvelle paire de lunettes. Un nouveau modèle.
J'avais une vieille veste de cuire; elle s'est déchiré. Je me suis acheté un joli petit manteau. À épaulettes.
J'avais une cool paire de bottes; la semelle s'est brisée en deux. Même si je constate que les magasins français n'ont absolument aucun goût pour les jolie bottes, je me suis acheté une nouvelle paire de bottes.
Il s'est mis à tomber des cordes; je me suis acheté un chapeau. Un chapeau, c'est mieux qu'un parapluie.
Puis, quand j'ai été complètement détrempée; je me suis acheté une bouteille de Whisky. Parce qu'une bouteille de whisky, c'est aussi mieux qu'un parapluie.

23 janvier 2012

Le menhir de Carnac

Toujours, certaines questions restent sans réponse. 
Un samedi après-midi pluvieux, à Carnac, dans le Morbihan. Entre deux bouffées d'air salin, nous sommes allés parcourir un champ de menhirs. Marcher côte à côte avec les géants de pierres de la Bretagne. 
Physiquement, il s'agit d'un alignement mégalithique comme on en retrouve en quelques endroits dans les pays celtes. C'est impressionnant, d'autant plus que les menhirs se dressent les uns derrière les autres sur plusieurs centaines de mètres. Et parfois, une tombe, un dolmen, vient briser l'harmonie des files. 
Pour expliquer l'impressionnant alignement mégalithique de Carnac, la légende raconte qu'à l'époque romaine, Saint-Cornély aurait pétrifié une armée complète. C'était l'époque des Celtes et des Romains, celle des étrangers militairement stratégiques venus conquérir des terres au nom de l'Empire. Les Celtes, évidemment, ils étaient les plus forts. Quoique ça n'a duré qu'un temps. 
Et puis sinon, on croit aussi que les alignements sont là depuis le néolithique. Que ce sont de possibles vestiges ou manifestes religieux des premiers occupants. Mais réellement, on n’en sait rien.

22 janvier 2012

Rattraper les bords de côtes

Au pays des marins d'en face pour un troisième weekend.
Cette fois, nous avons sauté dans une voiture de location en direction de Carnac. De quoi faire un petit 45 minutes de route vers le sud et tourner les ronds-points dans une Ford européenne.
De façon récurrente, c'est l'attraction des vagues qui dirige les weekends vers la côte. Exception faite ici, alors que l'intérêt principal aurait dû être la roche. Et sur la roche je reviendrai. Mais voilà, encore, le bord de mer l'emporte. Nous sommes arrêtés pour les criques, les baies intérieures, les ports de plaisance. Pour le cliché de la petite chaloupe qui flotte calmement à 50 pieds du bord.
Jolie Bretagne hivernale. 

18 janvier 2012

Réfugiés oubliés

Ce matin, un peu comme tous les matins, je prenais un temps pour parcourir l'actualité du jour. Depuis mon arrivée ici, ma consommation de quotidiens sur le net est en forte hausse. Je confesse, c'est un peu parce que je manque de tâches pour remplir mes heures de bureau. Autant profiter de ces moments pour se mettre à jour sur ce qui se passe dans le monde. Et entre les changements d’allégeances, les présidentielles, les capitaines déserteurs, il s'en passe des affaires...
Je suis donc sur la section internationale de Radio-Canada. En vedette, il y a un web documentaire paru l'an dernier et qui porte sur la vie des réfugiés dans un camp palestinien au Liban. Le camp se nomme Chatila et a été construit "temporairement" en 1948 suite à la formation de l'État d’Israël. À l'époque, beaucoup de Palestiniens ont dû s'exiler en laissant leurs terres derrière eux.
L'exil du peuple palestinien est une triste réalité qu'il m'a été possible d'effleurer lors de mon voyage dans les Pays du Sable, en 2010. C'est un peuple qui me touche énormément. J'ai donc eu envie de partager le lien. Alors, voilà.

"Même si on meurt, il y a d'autres générations qui vont continuer à réclamer la terre palestinienne. La terre sacrée. Et je prie Dieu pour que je ne meure pas ici, mais là bas, en Palestine, dans mon pays."


Réfugiés oubliés, sur Radio-canada.ca

16 janvier 2012

La galette

Le weekend dernier, il y a eu encore une expérience culturelle à saveur religieuse. D'abord, ça faisait longtemps que la fille du marin ne s'était pas plongé dans un contexte religieux à nouvelle saveur populaire. Ensuite, pour une fois, c'était la chrétienneté qui était en cause et pas une nouvelle religion aux dieux et messies méconnus. Parfois, ça fait du bien de se reconnaître un peu. Et puis l'histoire des marins d'en face, culturellement et religieusement parlant, avant le XVIIe, c'est aussi celle des marins de chez nous. 
Dimanche, Ema et moi étions invitées à une table familiale pour la galette des rois. La galette des rois, c'est un gâteau feuilleté à la pâte d'amandes. À l'intérieur se cache une fève, ou dans le monde moderne, une petite figurine en plastique. Celui qui se casse une dent sur la fève (parce que oui, ça arrive) devient le roi. Il se choisit donc un reine, ou la reine se choisit un roi, ou variantes à votre choix parce qu'il n'y a pas de discrimination chez la fille du marin. Puis, le roi à droit à une couronne en papier doré. La galette des rois, c'est la version populaire de l'Épiphanie, de la venue du messie, du soleil, de l'arrivée des rois mages à la crèche. Traditionnellement, ça a lieu le 6 janvier et l'événement boucle le cercle des 12 jours d'après Noël. Le soleil va monter de plus en plus, et religieusement parlant, le messie va venir éclairer le monde. 
Cela dit, même si les principaux intéressés de la galette sont un gâteau, une figurine et une couronne en papier, ce n'est pas qu'une fête pour enfant. Se faire la galette des rois le dimanche après-midi, ça sert aussi à discuter politique internationale en sirotant un magnifique ti-ponch de la Martinique. Ou c'est peut-être moi qui a tendance à tourner les fêtes en événements international. C'est selon. 
En Europe, les fêtes religieuses sont tout simplement un prétexte à la fête. C'était comme ça chez nous aussi, il y a un temps. À l'époque où nos mère faisaient de la titre à la Sainte-Catherine, où on mangeait de crêpes à la Chandeleur ou qu'on délaissait la viande le Merdredi des Cendres. À l'époque où le curé venait frapper à vos portes pour avoir à souper par exemple. Ça, ou vous dire que la procréation, c'était le bien et que la contraception, c'était le mal... Bon, je m'égare un peu. C'était pour dire que nous, les fêtes religieuses, on ne fait pas que leur donner un nouveau sens populaire et commercial. On les perds de plus en plus.


Dans l'histoire, il est bon de grandir. De changer. D'évoluer, surtout. Mais lorsqu'on oubli notre histoire, on risque de ne plus aller nul part. 
Une réflexion à suivre. 

15 janvier 2012

Sémantique de marché

À Lorient depuis une semaine.
La vie s'organise tranquillement entre notre petite maison du Rouho et les bureaux de l'espace Nayel. Outre ces nombreuses heures de travail qui prennent définitivement un gros pourcentage de notre horaire, nous tentons de découvrir les environs. Petits pubs, cafés, boulangeries. Magasins d'occasions, librairies, épiceries.
Chose étant, après avoir cohabité avec des délégations de marins d'en face pendant plusieurs années dans le fabuleux Montréal, ville du rock, je ne suis que très rarement surprise par leurs manies ou mots étranges. News Flash, en terre étrangère, je vous comprend possiblement mieux que vous ne me comprenez moi, la fille au drôle d'accent. "Ah, vous êtes acadienne! Je me disais aussi." Mais enfin, oui, j'en ai encore à apprendre. Il faut simplement fouiller un peu plus profond.
Pourtant, j'en découvre encore sur la culture bretonne, sur la vie en pays Franc. Par exemple, j'ai compris une règle bien simple: la répartition du marché en relation à la sémantique de ce que l'on cherche. La pharmaceutique dans une pharmacie, les cosmétiques dans un magasin de cosmétiques, les produits naturels dans un magasins de produits naturels, le pain dans une boulangerie, les journaux dans un kiosque à journaux et les cigarettes dans une tabagie. Chaque chose à ça place, à sa propre adresse. Pourquoi s'encombrer d'un super Walgreens lorsqu'on peut profiter d'une multitude de petits marchands. À ce jour, dans ce que je n'ai pas trouvé, il y a les briques de tofu et la boite de petite vache. Ça, et le café qui pose problème: à Lorient, les maison de torréfaction se font rare et le café s'achète au supermarché, dans des petits sac pré moulu. La règle sur la sémantique comporte donc une faille. Je devrais m'en sortir... jusqu'à la découverte d'un magnifique petit torréfacteur de café.

9 janvier 2012

AZERTY

Lorient. Lundi, le 9 janvier 2012. Première journée de boulot.
L'idée de travailler dans un organisme français, c'est également l'idée d'apprendre à écrire sur un clavier AZERTY. Difficile. Difficile. Surtout lorsque ton bureau donne sur d'autres bureaux. Alors là, tu penses dans ta tête: "Ça y est. Elles vont croire que je ne sais pas écrire. Je prends mile ans à écrire trois lignes. Et pourtant. J'efface tous les deux mots parce que le de "Q" est à la place du "A". Comment on le fait le "é" majuscule? J'en sais rien. Avec des Alt et des raccourcis numérique? D'accord. Tan pis. Je vais travailler les variantes. Qui a vraiment besoin de commencer une phrase par la lettre "É" de toutes façons?"
Mais la première journée de boulot, c'est aussi se rentre compte qu'il ne faut pas se prendre la tête. Qu'on a une machine à expresso dans la cuisinette. Que les pauses clopes se prennent sur le balcon, avec toute l'équipe, à toutes les heures, et qu'au fond, le titre de stagiaire administratif, c'est un titre vraiment très stimulant. Moi, j'ai hâte de voir la suite. 

Le bord de la Bretagne au couchant

Sur le bord de la mer, le huit janvier. Et il ne fait même pas froid. Enfin, c'est frais.
La côte est belle. Comme l'extrémité de la Bretagne peut l'être lorsque les vagues lèchent tranquillement la grève. J'avais déjà vue l'Atlantique de ce côté du monde, mais je suis toujours surprise. Surprise par sa couleur, par son odeur qui est semblable à celle de chez moi. L'Atlantique, étendue d'eau salée dont je ne me lasse jamais. Quand je voudrai une étendue de mer turquoise aux poissons fluorescents, j'irai m'installer en Gouadeloupe. Pour l'instant, je l'aime, mon océan.

Puis dimanche, alors que nous prenions l'air salin à plein poumon à Larmor, un grand voilier est passé. Sans avertir. Une multitude de petites embarcations à moteur l'escortaient. Le voilier, ce n'était pas un voilier. C'était un grand catamaran, le vainqueur de la course Jules-Vernes, une régate sans escale en équipage autour du monde et rentré glorieux près de Brest ce weekend. Banque Populare rentrait à son port d'attache, Lorient. Et nous, on l'a eu direct dans les yeux, au soleil couchant.

6 janvier 2012

Ema sur la route

Parce qu'on partage nos voyages, notre boulot et l'écriture de chroniques, puis parce qu'elle look comme Lucky Luke dans le Far West, je vous invite à suivre le début d'Ema sur la route.

->  Ema sur la route  <-

Titres de transports et jet lag

J'ai toujours aimé voyager au auto. Beaucoup plus qu'en avion. J'ai l'impression de sentir la route, la distance. Enivrée de caféine et de gras trans pour rouler encore et encore. En ce sens, les 16 000 km et les multiples segments de quatre jours de route en ligne à travers les États Unis cet automne ce sont évidemment bien passé sur mon système.
J'aime toujours mieux la route. Sauf pour la mer, mais là n'est pas le propos. Et sauf une fois. Je volais vers Israël dans un ciel sans nuage et, puisque je suis rendue pro dans l'insomnie des airs et sans m'avertir, j'ai eu droit au plus magnifique des levers de soleil. Sur le Vésuve, par delà la botte italienne et la Méditerranée. Le tout, à des millier de pieds d'altitude et dans un avion abordant un feuille d'érable. Je crois que j'ai pleuré. Ça devait être le mélange de la peur et la beauté.

Retour sur le présent. Mon vol de Montréal à Charles de Gaule cette semaine, lui, est caractéristique des moments que j'ai passé dans les transports aériens. Sans espace, sans repas, sans film, sans sommeil. Sans plaisir. Oh toi, Air Sardine: tu pues. Voilà, c'est dit. Mon coeur est vidé d'un peu d'antipathie. La prochaine fois, je devrai me rappeler de payer plus pour une meilleur qualité de vol. Enfin.
Mais le train. L'Europe, en train. Encore. Le train; toi, je t'aime. Surtout suivant une nuit blanche sur un minuscule banc d'avion. Et là, j'ai dormi. Trois heures de noirceur confortable sur un quatre heures de chemin en fer vers la côte ouest de la Bretagne. Quelque part entre Paris et Lorient, j'y ai trouvé le moyen d'éviter le jet lag. Combiner six heures d'une mauvaise qualité d'Airbus à trois heures d'attentes dans une gare européenne et quatre heures de TGV. Puis un repas, une bonne bouteille, 10 heures de sommeil, et la forme dès 9h le lendemain matin. Voilà!